L’ART DE L’HOMME…
Les cartes neuves de Magellan, collées au pli, soulignent de pourpre la Grande Ourse. L’heure est passée sur la toile. Le temps l’a ressortie du bain.
On est devant un Éric Bleicher. Toute l’évolution se détend. Toute la palette neuronale, tout notre être depuis le lézard reconnaît l’art évident, celui qui ne nous a jamais quitté. Jamais trahi. L’art du fond de l’histoire, en surface sensible aujourd’hui.
Regardez, vous avez là une rémanence de big-bang, une trace, on entendrait presque le fond diffus, insistant. Et puis une plaque de l’âge de fer, polie, soignée. À la fois défensive et magnétique. On se souvient : la première flèche. Le premier casque. Mais aussi la première porte qui s’est ouverte depuis l’éternité, grinçante puis huilée. L’homme est apparu. Il était nu de peaux sanguines, il avait peur, mais il entrait.
Il a visité l’Arabie. Là aussi, on connaissait la couleur sans l’artifice. Les jaunes, les ocres. Ces rouges oxydés qui se reflètent dans le ciel. Ou qui le sont peut-être même, le ciel, là où la limite s’estompe. Là où les porches d’entrée se courbent pour mieux accueillir le temps.
Il a traversé les montagnes, aussi. Vertes profondes. Vallées coulantes, sinueuses. Son art est universel et, en un sens, archaïque, quand cela voulait dire hérité, reçu en partage. Et ensuite respecté comme la nuit, cet indigo qui se passe, se magnifie en délavant.
Ne cherchez pas l’absent. Dans la peinture d’Éric Bleicher, nous y sommes tous, les vivants comme les autres. Morceaux de terre. Tombes de grâce. Vals de liesse grave. Tous nous sommes là, et personne encore n’a voulu en sortir. Ou alors pour regarder l’éblouissante matière, souple et ferme, dont sont toujours faites les craquelures.
Pierre-Louis Humbert